Peseux : un quartier soudé autour de «sa» table

Construits il y a un peu plus de 20 ans, les quatre immeubles brun beige du chemin des Tires ont vite trouvé leur identité. Près de 100 personnes qui s’y installent simultanément nouent forcément des liens. Durant des années, de nombreuses familles fêtent ensemble le Réveillon dans le parking sous-terrain. En été, elles se retrouvent au jardin, autour des grillades puis d’une piscine. Au début des années 2000, la dynamique retombe. Plusieurs pionniers des débuts s’en vont écrire une nouvelle page de vie ailleurs.

Un quartier soudé autour de sa table
Un quartier soudé autour de sa table

Arrivés à cette époque, les familles de David et de Marc ont eu à cœur de souffler sur les braises de la dynamique des Tires.

«Nous avons proposé d’installer une table permanente au jardin. Un locataire menuisier l’a construite avec des planches financées par la gérance. Comme ça, les gens n’avaient plus besoin d’apporter table et chaises. Cet objet est la soudure du quartier», explique David, des étoiles dans les yeux. Pour lui, cette table en copropriété matérialise un certain sentiment d’appartenance au quartier.

Chaque année, le vendredi soir de la fin de l’école, c’est le souper d’été du quartier. «On pose des affiches dans les entrées, en particulier pour inviter de nouveaux arrivants», explique Marc. «En 2016, trois nouvelles familles ont été présentes», se réjouit David. La récompense à ses efforts, il la trouve dans la spontanéité des gens. C’est rare qu’on croise quelqu’un en se limitant au seul « bonjour », quelques mots suivent le plus souvent», raconte-t-il. Le bouquet ? «C’est cette femme d’origine albanaise je crois, qui m’a apporté un café turc au jardin», une attention qui n’a pas de prix pour David.

Si la dynamique est sans doute moins visible qu’il y a 20 ans, la cohérence est restée (plus ?) forte. Marc a lui été surpris de la confiance témoignée par la totalité des locataires lorsqu’il s’est agi d’envoyer une lettre à la gérance sur un sujet délicat. Même s’ils n’en accepteront jamais le titre, David et Marc sont bien les GO du quartier.

Propos recueillis par P. A. Heubi

“Je verrais bien les citoyens de Peseux demander à être consultés au cours du processus de réalisation des halles multisports” Matthieu Lavoyer

Il est en charge des dicastères Sports, culture loisirs ainsi que de l’urbanisme et des transports à Peseux. Matthieu Lavoyer a rejoint l’exécutif en cours de législature, voici deux ans, dans la perspective de la fusion avec Neuchâtel ouest. Il s’investit avec pugnacité dans les dossiers chauds que sont le franchissement de Peseux et la construction de halles multisports aux Chapons. A quelques semaines de la fin de son mandat (il ne se représente pas), il livre à Peseux en mieux sa vision du développement de Peseux.  

Matthieu Lavoyer, Conseiller communal à Peseux jusqu'à fin 2016.
Matthieu Lavoyer, Conseiller communal à Peseux jusqu’à fin 2016.

Peseux en mieux : On entend toujours dire que les élus ne sont pas à l’écoute de la population, que devraient-ils faire pour que cela change?

M. Lavoyer : La question sous-entend que la population posséderait un point de vue homogène, mais c’est comme dire « les jeunes » sont comme ceci et pensent comme cela… je me méfie des généralisations. Cela dit, comme élu, je suis surpris par les interpellations des gens, que ce soit sur le trottoir ou à la Migros. J’y reçois souvent des informations totalement nouvelles, que je n’aurais jamais eues autrement, et qui seront utiles à la gouvernance de la commune. Evidemment on ne connaîtra jamais les 6’000 visages des habitants de Peseux… On peut aussi inverser votre question, beaucoup de gens ne se sentent en effet pas concernés par le travail de leurs autorités et ne connaissent pas en quoi leur rôle consiste. Si la population est indifférente aux enjeux, les autorités n’ont alors plus besoin de rendre compte de leur travail! C’est impensable, et bien dommage pour la démocratie.

Les citoyens devraient-ils plus faire pression sur les autorités?

Je suis convaincu que la collectivité doit être proactive, qu’elle doit être actrice de sa destinée. Si elle l’était davantage, bien des fonctionnements auraient déjà pu être optimisés dans notre commune. Des dossiers comme ceux de la Place de la Fontaine et des halles multisports ont traînés, alors qu’une pression exercée par les citoyens aurait pu les débloquer, les rendre prioritaires.

Est-il encore temps de réagir?

Bien sûr. Je verrais bien les citoyens demander à être consultés en cours de processus pour les halles multisports, dans une approche participative. Les autorités auront ainsi moins de peine à faire accepter le projet au final s’ils ont pris avec les gens en amont.

Sur quoi la commune de Peseux doit-elle se concentrer?

Gérer la densification de l’habitat, comme cela se fait déjà sur notre territoire, est une évidence. Peseux a un rôle à jouer au sein de l’agglomération neuchâteloise vu son tissu urbain et son réseau de transports. Mais la tâche est grande. L’engagement d’un ingénieur trafic ou d’un aménagiste s’impose nettement pour avancer dans les temps. Comme je le dis souvent: Peseux a les moyens d’un village, mais les problèmes d’une ville.

Votre rêve pour Peseux en tant que directeur du dicastère de l’urbanisme et des transports?

Je rêve qu’on développe notre urbanité de façon maîtrisée tout en en gardant certaines qualités d’un village. Que Peseux se donne enfin les moyens de ses ambitions.

Propos recueillis par Pierre Alain Heubi